Qu'il nous soit permis de revenir sur la libération d'Ingrid Betancourt - un miracle, dit-elle -, et son chemin spirituel. Le témoignage de cette femme, impressionnant, est une parabole d'Évangile au coeur de notre actualité souvent si troublée. Il y a moyen de vivre l'aventure - parfois dramatique - de notre humanité, de manière humaine, dans l'amour. On se souviendra longtemps de ces images vues sur certaines chaînes, imprimées dans certains journaux : un groupe d'otages posant comme premier geste, le jour de leur libération, de s'agenouiller sur un tarmac et de remercier Dieu. D'aucuns taxeront peut-être cela de piété facile, de superstition ou de religion infantile. Mais ce qui laisse sans voix, c'est la capacité de pardon dont a témoigné Ingrid Betancourt. Ceci vérifie l’authenticité de l’expérience spirituelle. Quand on sait à quel point la haine, la rancune, la jalousie peuvent grever nos vies, et nous emprisonner mieux que les Farc, on ne peut qu'être impressionné par le pardon que Mme Betancourt a pu vivre, le Christ lui étant comme un “tremplin”, selon son image. “Parfois, je voyais arriver un guérillero, cruel, abominable. Il venait s'asseoir à côté de moi et j'étais capable de lui sourire” (raconté au journal La Croix).
Le calvaire de la détention a été pour la Franco-colombienne un véritable chemin de foi et de croissance. C'est là qu'elle a découvert la Bible - où elle lisait et relisait cette phrase : “Bénis ton ennemi” -, la personne de la Vierge Marie - elle s'est rendue à Lourdes pour la remercier - , la présence du Christ. “Si je n'avais pas eu le Seigneur à mes côtés, je ne pense pas que j'aurais pu grandir dans la douleur”, a-t-elle confié au magazine Pèlerin, le soir où elle s'est rendue au Sacré-Coeur de Montmartre en action de grâces. En novembre dernier, elle écrivait à sa mère : “Chaque jour, je suis en communication avec Dieu, Jésus et la Vierge.” Cette force, elle la tient de la longue traditon chrétienne de sa famille “qui a toujours puisé dans la foi et la prière le pouvoir de faire face aux épreuves”, confiait son ex-mari. Une foi dont on témoigne plus par les actes que les paroles. Plusieurs de ses compagnons de détention lui ont dit avoir retrouvé la foi grâce à elle. “C'est mieux qu'une décoration”, s'excuse-t-elle de commenter. Quel bonheur, en effet, de pouvoir mener quelqu'un à cette source intarissable d'humanisation.