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Culture

LA Bible en Bengali - Dieu parle la langue des hommes

Le Belge Christian Mignon, natif de Neufchâteau (1924), missionnaire à Calcutta depuis 1949, a consacré 35 ans de sa vie à traduire la Bible en bengali. Une oeuvre saluée par tous. Réflexions autour d'un travail rigoureux.



Recueilli à Calcutta par Charles DELHEZ (novembre 2006)
Recueilli à Calcutta par Charles DELHEZ (novembre 2006)
Depuis longtemps, il existait une traduction de la Bible en bengali par un protestant baptiste, le docteur William Carey (1761-1834). De profession, cet Écossais était cordonnier. Un jour, il s'est senti appelé à partager la bonne nouvelle du Christ à toutes les nations. En 1793, il arrivait au Bengale et en 1796, déjà, il publiait une première traduction du Nouveau Testament. Sa devise : “Entreprends de grandes choses pour Dieu et attends de Dieu de grandes choses.” Il traduira la bible complète en six langues et fera trois traductions bengalies différentes. “Nous sommes des pygmées à côté de lui”, reconnaît le père Christian Mignon.
Ce n'est qu'au XXe siècle que les catholiques se mettront à la traduction biblique. Le père Christian Mignon fut d'abord chargé de revoir les textes du Nouveau Testament traduits par ses confrères jésuites. En 1967, il fut invité à traduire les lectures bibliques du missel issu du Concile Vatican II. Durant douze ans, il y travailla. Il se mit ensuite au Nouveau Testament et aux psaumes. Cette traduction, qui lui prit quatre ans, connut cinq éditions entre 1984 et 1997 (90.000 exemplaires). Vinrent ensuite 17 années pour l'Ancien Testament. Beaucoup de notes étaient nécessaires pour que le texte soit compréhensible à un lecteur bengali. “Tout cela a multiplié le nombre de pages de traduction (près de 3.300), et j'ai finalement dû la faire publier en trois volumes.” En 2003, la bible achevée sortait sous le titre : “Mangalbarta Bible”, La Bible Bonne Nouvelle.



L'art de la traduction

“Traduire la Bible n'est pas une sinécure, reconnaît le missionnaire. C'est une tâche implacable dans ses exigences. Il faut autant que possible sacrifier toute autre activité, même apostolique, qui pourrait nous distraire ou nous détacher de notre mission biblique. Il faut aussi renoncer à bon nombre de contacts humains trop absorbants. Dans une grande mesure, il faut, en fait, faire le vide autour de soi, vivre en chambre une existence d'ermite. La Bible en quelque sorte envahit toute votre vie !...”
Traduire est un art. “Il faut à la fois respecter le génie biblique et celui de la langue qui accueille cette parole de Dieu.” Pour y parvenir, durant quarante ans, le père Mignon a bénéficié de la présence de monsieur Sajal Banerjea, un écrivain bengali de talent, non chrétien. Leur règle : le respect mutuel absolu de leurs compétences respectives. Souvent, le jésuite s'entendait dire : “Les mots sont bengalis, mais nous ne parlons pas comme ça, nous ne pensons pas comme ça.” Ils discutaient alors aussi longtemps qu'il le fallait, “mais finalement, en matière linguistique, c'est lui qui aurait le dernier mot, tandis que pour la pensée biblique ce serait à moi de décider”.
“Le fait que mon collaborateur ne partage pas nos convictions chrétiennes au sujet de l'origine divine de la Bible lui donnait un avantage indubitable dans le domaine de la traduction elle-même”, reconnaît le religieux. “Il faut se défendre, explique-t-il, de ce que j'appelle le complexe du croyant : vouloir traduire de manière littérale la parole divine de peur de n'y être pas fidèle.”



Le génie de la langue

“Il devint de plus en plus évident pour moi que le vrai travail du traducteur consiste à exprimer fidèlement le message divin d'une façon conforme au génie propre de la langue de traduction.” Pour chaque phrase, il faut trouver l'expression naturelle dans la langue dans laquelle on traduit et qui exprime le sens du texte original. Parfois, une phrase prenait deux heures. “Si Jésus était né au Bengale plutôt qu'en Palestine, enfant d'une maman bengalie, il nous aurait parlé dans la langue normale, limpide, des gens d'ici. Notre tâche, à nous aujourd'hui consiste exactement en ceci : tout dire comme Lui l'aurait fait. Tel a été le but de nos efforts.”
L'heure est maintenant venue de rendre grâce pour le travail accompli. “De plus en plus j'ai compris, témoigne le missionnaire de Calcutta, que le Saint Esprit aide et inspire également ceux qui traduisent la Bible. Il y a une chose dont je suis absolument convaincu : tout ce qui est vraiment juste, vraiment bon, vraiment satisfaisant dans notre traduction nous a été donné : c'est Lui qui en est la source. Que Dieu soit béni !”






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