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Droits de l' homme

J.O. de Pékin - La Chine prise à ses propres Jeux

En 2001, le CIO (Comité international olympique) avait pris une décision risquée : confier l'organisation des Jeux de 2008 à un État dont l'idéologie est a priori peu compatible avec l'idéal olympique, la République populaire de Chine. En agissant ainsi, les instances olympiques espéraient que cet évènement inciterait les autorités de Pékin à se rapprocher d'un État de droit. Sept ans plus tard, alors que l'ouverture des Jeux se fait proche, qu'en est-il ? L'Empire du Milieu est-il plus démocratique ? Les récents évènements du Tibet n'incitent pas à l'optimisme. Chronique d'un malaise annoncé.



J.O. de Pékin - La Chine prise à ses propres Jeux
La XXIXe olympiade se déroulera à Pékin du 8 au 24 août prochains. À cette occasion, le pari du Belge Jacques Rogge, président du CIO, se résume en une phrase : “Faire de la Chine un État à part entière de la communauté des nations, en lui attribuant l'organisation du plus grand évènement sportif de la planète“. En un mot : contribuer à la démocratisation par le sport de ce qui reste une république socialiste et autoritaire. La question est la suivante : l'attribution des Jeux olympiques à Pékin mènera-t-elle la Chine à un authentique État de droit, ou confortera-t-elle le pouvoir communiste chinois dans son idéologie autoritaire ?
À l'heure de boucler cette édition, rien n'incite cependant à l'optimisme. Certes, les autorités chinoises ont opté depuis quinze ans pour une “économie de marché socialiste”, mais rien n'indique qu'elles soient prêtes à lâcher du lest sur le plan politique. Autrement dit, le marché chinois s'ouvre à une économie marchande de type capitaliste, ce qui engendre l'émergence d'une classe moyenne friande de consommation, mais cette évolution demeure placée sous le strict contrôle du PCC (Parti communiste chinois), ce qui fait du régime une sorte de “dictature éclairée”.



Une censure d'État

En fait, les caciques du Parti unique semblent atteints de ce que l'on pourrait appeler le “syndrome Gorbatchev” : l'ancien Secrétaire général du PCUS (Parti Communiste d'Union Soviétique) ayant entrouvert la porte du libéralisme politique par l'entremise de la “perestroïka” et de la “glasnost”, il avait ainsi, sans le savoir, ouvert le chemin qui mena quelques années plus tard à la désintégration de l'URSS et à l'effondrement du communisme comme idéologie d'État dans les pays de l'Est. Un tel scénario paraît constituer le cauchemar du pouvoir chinois actuel, d'où son obsession de ne rien lâcher sur le plan politique.
C'est ainsi que les droits de l'homme continuent à être bafoués dans l'Empire du Milieu. Les dissidents, dont le plus célèbre d'entre eux, Hu Sia, sont arrêtés, emprisonnés, torturés. La censure d'État s'exerce contre les radios et télévisions étrangères, et surtout filtre les liaisons internet. Les tentatives de sécession internes - en particulier les Ouïghours de confession musul-mane peuplant le Xinjiang, les adeptes du mouvement spirituel Falungong et les habitants de la Mongolie intérieure - sont durement réprimées. Sans parler de la question la plus délicate : celle du Tibet.



Des réactions hypocrites

Il faut savoir que le Tibet était jadis un pays indépendant jusqu'à l'invasion communiste chinoise de 1951. Depuis lors a commencé une politique de “génocide culturel“ à l'égard de la nation tibétaine, et de colonisation par l'ethnie chinoise majoritaire - les “Han”. En 1959, l'actuel dalaï-lama - le chef politique et spirituel des Tibétains - a été contraint à l'exil en Inde. C'est pour commémorer cet anniversaire que, dès le 10 mars dernier, des émeutes anti-chinoises ont éclaté dans la capitale tibétaine Lhassa. La riposte de l'armée chinoise a coûté la vie à plusieurs dizaines de manifestants tibétains. Cette répression sauvage a suscité de la part de la communauté internationale des réactions en apparence indignées, mais en réalité hypocrites, aucun pays n'envisageant sérieusement de boycotter les Jeux olympiques de l'été prochain... ni de remettre en question les juteux contrats commerciaux qui les lient à la Chine.
Il n'en reste pas moins que ces évènements pourraient tourner à la déconfiture du pouvoir en place à Pékin : alors que l'organisation des Jeux olympiques était censée consacrer le caractère moderne et démocratique de l'Empire du Milieu, ceux-ci pourraient en effet révéler la véritable nature d'un régime autoritaire et rétrograde...




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Louis MATHOUX


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