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Les éditos de Dimanche Express

A Pekin, ce que l’on montre et ce que l’on cache



A Pekin, ce que l’on montre et ce que l’on cache
La Chine a vu grand, très grand, pour la cérémonie d'ouverture des J.O. Une véritable liturgie de la mondialisation, entretenant le mythe de croissance qui ne sera sans doute plus longtemps durable.

Du gigantisme. Normal pour un géant. L'Empire du Milieu voulait montrer sa puissance. Il entre - avec retard - dans la modernité, mais pas sur la pointe des pieds. Quatre heures de spectacle, 91.000 spectateurs et 4 milliards de téléspectateurs, 90 chefs d'États et de gouvernements, 204 délégations, 14.000 participants, 20.000 fusées pour le feu d'artifice final... Le message est clair : la Chine est un grand pays et il faut désormais compter avec elle. Et si vous osez le contester, 100.000 policiers sont là pour vous rappeler à l'ordre, car les habitudes fortes du temps de Mao ne sont pas tout à fait oubliées.

Mais la Chine a aussi des choses à cacher. Le traitement réservé aux Tibétains et à leur culture, la liberté religieuse, la censure de la presse, les indépendantistes du Xin Giang, la pollution... De plus, il y a ceux qui s'y sont montrés - Bush, Sarkozy, Poutine, Philippe de Belgique... -, mais aussi et ceux que l'on n'a pu montrer parce qu'absents - le Secrétaire Général de l'ONU, les premiers ministres Zapatero, Berlusconi, Brown, Merkel... - et ceux que l'on ne voulait pas montrer - le cardinal Zen, connu pour son franc-parler sur les atteintes religieuses, n'était pas invité, mais seulement son évêque coadjuteur.

Jamais sans doute, les J.O. n'auront été autant le symbole d'un monde en pleine mutation qui, sur fond de reconfiguration économique majeure, cherche son unité et a de la peine à occulter ses lacunes, ses peurs, ses non-dits, ses divisions, ses oppressions. La démesure de la cérémonie d'ouverture, les signes positifs envoyés malgré tout - pour faire taire le banc de la contestation ? -, la présence de certains grands et l'absence d'autres, la liberté réduite de la presse et des religions, tout cela ressemble à un grand jeu de séduction-crainte tant de la part de Pékin que des nations. Désormais, on ne peut plus compter sans la Chine, mais la Chine ne peut pas compter non plus sans le reste du monde. Si tous ne sont pas prêts à piétiner leurs principes, beaucoup sont sans doute disposés à quelques concessions pour se retrouver dans la cour des heureux bénéficiaires du boom économique de la nation la plus peuplée de la planète.

Charles DELHEZ



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